HIVER

♺ Le récap’

Titre : HIVER

Auteur : Jon Fosse (traduction : Terje Sinding)

Durée : 1h

Public : à partir de 16 ans

 

Compagnie : LA CHEVAUCHÉE

Mise en scène : Mathieu Barché

Avec : Hadrien Peters, Laura Segré

Administration : Agathe Perrault

❤ L’avis de l’équipe

Une écriture simple, presque minimaliste où chaque mot est pesé, sous-pesé, lourd de sens et de portée. Une quête permanente anime chacun des personnages, ils sont bousculés par le tourbillon de la vie et se mettent en branle, presque sous la contrainte, tiraillés dans leurs choix, leurs idéaux.

✑ La pièce

 

Thomas Bernard écrit que « un auteur dramatique doit connaître la mer / doit connaître le flux et le reflux », et c’est ainsi que semblent agir les pièces de Jon Fosse ressassant les mêmes personnages, les mêmes problématiques, mais avec des paramètres toujours différents.

« Toujours il arrive des choses » disent ses personnages. Alors qu’ils voudraient qu’il n’arrive rien. Mais ce qui arrive, c’est tout simplement la vie qui avance et qui impose son poids, comme si un air de Mahler accompagnait chaque instant de leur existence, la transformant en tragédie. S’ils veulent avancer au même rythme qu’elle et ne pas se laisser submerger, il faut donc prendre la décision de vivre, de manger, de travailler, d’être avec d’autres gens et de se sentir bien ; mais ce n’est vraiment pas facile lorsqu’on n’a pas les outils pour le faire. Chez Fosse, les personnages sont toujours dans une aporie, entre deux actions qui ont la possibilité d’exister, mais le choix à faire pour l’une ou l’autre de ces actions est infaisable. Alors ils sont voués à rester dans cet entre-deux, ni là ni ailleurs, ni vivants ni morts, mais se débattant toujours avec une grande force. Tel est le drame des personnages de Fosse.

Ce sont plutôt des figures qui prennent la parole, butent toujours au même endroit, trébuchent. Ils semblent tous se poser la même question, tirée d’un poème de Peter Handke : « Pourquoi faut-il qu’entre moi et le monde il y ait une si immense différence ? ».

Dans Hiver, l’issue se trouve dans la rencontre avec l’autre. Ce n’est pas une mince affaire pour ces êtres radicalement différents qui ne semblent pas se comprendre. Mais, ils ont la volonté d’y arriver, et déploient ainsi une grande énergie. Car dans les pièces de Jon Fosse, il faut envisager le mot comprendre dans son sens étymologique, c’est-à-dire « prendre ensemble ».

Et c’est là que commence le travail. C’est là qu’est la bataille : prendre ensemble le sens d’une phrase, prendre ensemble un destin commun, prendre ensemble la décision d’essayer une nouvelle vie. Une lutte, qui passe par le langage, pour l’assimilation au monde, et à l’autre. Et qui pourrait ressembler à ce qu’on appelle l’amour.

On pense souvent que l’écriture de Jon Fosse est celle du « non-dit » ou de l’incommunicabilité. Je ne trouve pas cela juste. Au contraire, à mon avis, les personnages sont totalement ouverts à l’autre, très perméables à ce qu’ils entendent. À l’affût de la parole. C’est un langage de vie, voire de survie plus que de mort. On a souvent l’impression qu’on joue Jon Fosse en pantoufles, alors que les comédiens devraient venir en baskets…

 

⚄ La compagnie

La Compagnie La Chevauchée, dirigée par Mathieu Barché et administrée par Agathe Perrault, est née en 2015. Depuis, trois créations ont vu le jour : HIVERS d’après des textes de Jon Fosse, spectacle qui remporte le Prix du Jury et le Prix du public au festival Nanterre sur Scène 2014, PLATEAU N°1, une écriture de plateau collective, questionnant la place de l’oeuvre vivante dans l’espace muséal, et KÉRATOCONJONCTIVITE, qui remporte le Prix des lycéens au Festival Nanterre sur Scène en 2015. Les comédiens de ces trois spectacles, ainsi que le metteur en scène Mathieu Barché viennent de l’école du Studio d’Asnières où ils se sont rencontrés.

Les projets réalisés ont en commun de vouloir questionner et analyser notre rapport à l’émotion dans la construction de la fiction et dans la vie, en dévoilant aux spectateurs les codes de jeu qui régissent le rapport triangulaire comédien/ espace/public, afin que ce dernier entretienne un rapport ludique et constructif au spectacle et à l’émotion. Nous sommes également intéressés l’invention d’autres formes de spectacles, d’autres spectacularités, en travaillant avec des amateurs, en cherchant des lieux de représentation différents, en créant des dispositifs de représentation qui révèlent la fragilité de l’artiste affrontant le regard du public – donc du monde -, plutôt que de mettre en avant la virtuosité de l’acteur. Laisser la place au hasard, à la discussion, au vide est également une façon d’amener le spectateur-visiteur à une autre implication de son regard et de son corps. Chaque sujet, personne, objet, lieu, porte en soi une multitude de possibilités, prêtes à se manifester, et nous essayons de ne pas prendre une salle de spectacle pour une salle de spectacle, mais pour un lieu où peuvent émerger d’autres événements qu’un spectacle.

Ainsi l’adaptation aux lieux et au public est également une recherche centrale et primordiale dans la compagnie, afin de repenser et de réinventer la place de l’homme dans son environnement. Tout lieu peut être propice à accueillir un spectacle. De la même façon, un théâtre n’est pas forcément un lieu où l’on fait du théâtre : on peut y manger, danser, faire la fête, y vivre, travailler, etc… L’objectif en soi n’est pas la spectacularité, mais les nouveaux rapports que nous pouvons créer entre les gens et avec leur espace.